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La propriété : une vue de l’esprit ?

11H15

Déjà publié ce week-end :

 les « 3A » Axa, Alstom et Arcelor 

 la préparation de la semaine prochaine

L’usage seulement fait la possession

Hier matin, l’hiver est passé, fait rare au mois de novembre en nos contrées tarnaises : d’après les anciens, décembre devrait se montrer impitoyable cette année ! Heureusement, comme la plupart des gens, j’ai l’usage d’un toit et je serai cet hiver à l’abri du froid. Pourtant, ce toit n’est pas à moi : je n’ai pas l’âme à posséder pour posséder et je paie donc un loyer. L’argent par la fenêtre diront certains, contre mon bonheur je répondrai : né à la ville, élevé à la ville, un jour j’en suis parti, importuné par les odeurs et les bruits, le bitume surchargé et les esprits chagrins. 

Chacun voit midi à sa porte, voici ce que je vois de la mienne : pas un troquet pas une mobylette, rien que la nature, c’est là où je suis heureux.

Hier, c’était ça

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Avant-hier, ça

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Le jour où je trouverai pareille quiétude et pareil bonheur dans mon budget, point je n’hésiterai, mais les tarifs prohibitifs d’aujourd’hui ne sauraient m’accorder un lieu pareil à celui que je loue, sauf à priver la famille dans sa vie quotidienne, ce que je refuse avec force. L’important est de bien vivre et non de posséder à tout prix : l’argent et le bien ne vous suivront pas dans la tombe, je pense que les gens qui sacrifient leur vie pour posséder sont dans l’erreur, c’est d’ailleurs de cette envie commune à presque tous, qu’est née la crise actuelle. Posséder et entretenir ne convient pas à toutes les bourses, ni à tous les esprits …

L’AVARE QUI A PERDU SON TRESOR

(La Fontaine)

L’usage seulement fait la possession.
Je demande à ces gens de qui la passion
Est d’entasser toujours, mettre somme sur somme,
Quel avantage ils ont que n’ait pas un autre homme.
Diogène là-bas est aussi riche qu’eux,
Et l’avare ici-haut comme lui vit en gueux.
L’homme au trésor caché qu’Esope nous propose,
Servira d’exemple à la chose.

Ce malheureux attendait,
Pour jouir de son bien, une seconde vie;
Ne possédait pas l’or, mais l’or le possédait.
Il avait dans la terre une somme enfouie,
Son coeur avec, n’ayant autre déduit)
Que d’y ruminer jour et nuit,
Et rendre sa chevance à lui-même sacrée.
Qu’il allât ou qu’il vînt, qu’il bût ou qu’il mangeât,
On l’eût pris de bien court, à moins qu’il ne songeât
A l’endroit où gisait cette somme enterrée.
Il y fit tant de tours qu’un fossoyeur le vit,
Se douta du dépôt, l’enleva sans rien dire.
Notre avare, un beau jour, ne trouva que le nid.
Voilà mon homme aux pleurs : il gémit, il soupire,
Il se tourmente, il se déchire.
Un passant lui demande à quel sujet ses cris.
« C’est mon trésor que l’on m’a pris.
– Votre trésor? où pris? – Tout joignant cette pierre.
– Eh! sommes-nous en temps de guerre
Pour l’apporter si loin? N’eussiez-vous pas mieux fait
De le laisser chez vous en votre cabinet,
Que de le changer de demeure?
Vous auriez pu sans peine y puiser à toute heure.
– A toute heure, bons Dieux! ne tient-il qu’à cela?
L’argent vient-il comme il s’en va?
Je n’y touchais jamais. – Dites-moi donc, de grâce
Reprit l’autre, pourquoi vous vous affligez tant,
Puisque vous ne touchiez jamais à cet argent,
Mettez une pierre à la place,
Elle vous vaudra tout autant. »

A cette époque, le crédit n’en était qu’à ses balbutiements, et toute chose ou presque était payée comptant – aujourd’hui, trop de crédit distribué par le cupide banquier a tué le rêve qu’il avait fait naître chez le plus petit : l’impitoyable cycle de la vie se poursuit, le petit retourne à son état originel, tandis que l’or attire de nouveau les convoitises …

Bon dimanche, et à demain matin pour la suite des aventures du Radeau de la Méduse, l’Europe à la dérive …